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 • Les carcasses •

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Aloysius Jacks

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MessageSujet: • Les carcasses •   Ven 2 Déc - 22:26


    Et elle danse, la créature de la nuit. Sur la pointe des pieds, elle se déplace. Avec grâce, finesse. C'est comme ça qu'elle danse. Chacun de ses gestes semble calculée. Son ombre se mouve dans cette ruelle glauque. Sa silhouette fine et onduleuse contraste avec cet environnement macabre et sale. Ses yeux bleus fixent le vide. Paradoxe, pour quelqu'un qui le maîtrise, et qui en fait son art.

    Il ne sait même pas ce qu'il fait là. Il c'est perdu. Se perdre, la nuit, ainsi ? Qui aurait donc cette idée ? Lui. Lui bien sûr. Se perdre est ce qu'il sait faire le mieux. Il est toujours perdu... En permanence. Mais contrairement aux autres âmes en perdition, il ne cherchait pas le chemin du retour. Il n'avait pas l'envie de retrouver une lumière pour éclairer une sortie.

    Il se contente d'errer sans but. Il semble presque inconscient, dans cette rue sombre où quelques dealers font des échanges, où quelques junkies se piquent. Il y a une odeur d'égout. De pourriture. Il fait froid. Humide. La mort. Voilà ce que cela sent. La mort. Tandis qu'il déambule, de son pas lent mais étrangement fluide, quelqu'un l'arrête finalement. Un jeune homme a peine plus vieux que lui. Avec des petits yeux sombres, et un visage balafré. Il est laid. Il sent l'alcool. Mais Aloysius lui sourit.

    « T'es qui toi ? Qu'est-ce que tu fous là ? »

    Aloysius ne répond pas à cette agression verbale. Il n'en voit pas l'utilité. Il ne sait pas qui il est. Ni pourquoi il est là. Alors il continue de sourire, et se dégage d'un mouvement d'épaule contrôlé, et continu d'avancer. L'autre ne le lâche pas. Il revient à la charge. Sa bouches aux lèvres gercés lui crache encore au visage les mêmes question, plus brutalement. Le sourire innocent d'Alo disparait. Il n'est pas patient, lui non plus. Pas face à des êtres aussi stupides. Son visage n'exprime plus grand chose. Ses yeux vides et sa bouche affaissée traduisent un vide d'émotion. Le type s'agite. Il fronce les sourcils, marmonne quelques vulgarités, et prend finalement le jeune saltimbanque par les épaules pour le secouer. Alo ne se défend pas. Et ça énerve encore plus. Levant finalement la main, l'autre lui assène finalement un coup de point dans la mâchoire. Le funambule chancèle à peine. Le funambule semble ignorer ce feu qui brûle le bas de son visage, le liquide rouge qui s'écoule de sa lèvre blessée par les mains sales du jeune drogué.

    L'espèce humaine est pitoyable. Ce sera la morale de cette histoire. Avec un sourire presque malsain, Aloysius se détache de l'inconnu, et nettoie du bout de sa langue pâle et pointue le sang. Il se moque de lui. Et, riant doucement de son petit air enfantin, il s'écarte, et continue son chemin. «  Sale fou. », qu'il entend dans son dos. Mais il s'en moque. Oui il s'en moque, et il se moque.

    Il avance, vers le lampadaire qui projette sa lumière mourante sur le bitume de la rue adjacente. Fixant d'un air ailleurs ce vestige urbain, il s'éloigne de là. Il désire quitter ce lieu de débauche et de mort physique comme spirituel. Et il percute doucement un corps. Il sursaute. Lui qui fait pourtant si attention... Il soupire, baisse les yeux.

    « N'allez donc pas dans cette direction. Il n'y a là-bas que des pathétiques carcasses humaines . »


    Il ne prend même pas le temps de dévisager la personne qui se trouve en face de lui. Lui qui n'a pas l'habitude de parler comme cela, ainsi, à n'importe qui, soupire d'un air las, avant de retrouver son expression absente, sans transition aucune.




Dernière édition par Aloysius Jacks le Lun 20 Fév - 13:49, édité 1 fois
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Raven M. Sullivan

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MessageSujet: Re: • Les carcasses •   Sam 31 Déc - 1:04

J'aime pas la lune. Et puis j'aime pas la nuit non plus. J'aime même pas le noir, en fait – c'est carrément de l'achluophobie. Si je ne suis pas avec Harlow ou Rev, sortir en pleine nuit n'est pas impossible, seulement désagréable. Mais tant pis, ce soir je sors. Oh, sans destination précise – ni à une fête, ni rien de ce genre. Quand je dis que je sors, c'est que je vais me balader, au clair de lune. Je vais me contenter de me regarder dans les flaques d'eau et d'éviter les quelques briques qui, allez savoir pourquoi, jonchent le sol. Je vais la regarder, cette pauvre folle, suivre mes moindres mouvements dans son miroir d'eau et danser et rire et jouer, puis étreindre la nuit comme l'amour de sa vie.
Ça fait dix minutes que je suis assise sur le matelas de mon lit. En tailleur, le dos courbé, le regard perdu. Je crois que je fais souvent ça – je ne m'en rends même pas compte. Je ne sais même pas à quoi je pense, allez même savoir si je pense à quelque chose – je suis sûrement capout, déconnectée. Et d'un coup, mes pieds bougent avant que mon cerveau ne leur ordonne quoi que ce soit, mes mains se saisissent de mon manteau et je me retrouve à l'extérieur. Je crois que je suis schizophrène des pieds et des mains.
J'enfile – en en étant pleinement consciente cette fois-ci – mon long manteau noir, mets le bonnet en laine que j'avais glissé dans ma poche et m'engage dans la première petite rue que je vois. Finalement, les balades nocturnes sont plus agréables que ce dont je me souvenais – je ne sors que rarement entre 17 et 8 heures. Si il n'y a pas d'oiseau pour m'accompagner, je profite de la vue du ciel magnifique, rempli de plus d'étoiles que je n'en ai jamais vu. Il y en a même un tas de petites, regroupées là-bas, qui ressemblent à un nounours. Comme celui que tu m'avais offert à un noël. Mais au final, je ne vois qu'un tas de flèches qui le transpercent de part en part. Je soupire.
Mon regard se porte sur le sol. Comme je m'en souvenais, il y avait des briques rouges un peu partout. Je finis par poser un pied sur l'une d'entre elle, et m'élance de briques en briques. J'ai l'impression de voler – on réalise ses rêves comme on le peut. Je n'ai jamais pris l'avion, ni fais de saut en parachute ou à l'élastique. Je suppose qu'aucun de ces trois cas ne provoque les mêmes sensations, qui doivent encore être différentes de celles de quand on vole sans aucune aide qu'une paire d'ailes. Vous savez, le vent qui vous porte et vous fouette le visage, avec plus de douceur et de magie que jamais. Au fond, si on ne peut pas voler on est jamais qu'un animal en cage – mais j'arrête là mon délire.
Il n'y avait autour de moi que quelques haies, protégeant de tout œil malveillant de la vue de maisons luxueuses au prix exorbitant. J'entendais quelques grognements de l'autre côté. En m'approchant un peu, je devinais parfois des chiens … parfois des hommes. L'un deux a surgi du petit portillon que je n'avais pas vu et m'a poursuivi sur environ trois rues. Et donc, me voilà perdue. Je ne sais pas par où je suis passée, où j'ai tourné, comment retrouver le chemin du cirque. Plus de briques au sol, seulement quelques réverbères qui font de grosses tâches de lumière au sol. En quelques minutes, j'avais l'impression que le ciel s'était assombri, et que le vent s'était levé. Mes cheveux me fouettaient le visage et volaient comme il leur plaisait. Il faisait froid; vraiment froid. Je crois bien avoir encore marché le long de deux rues avant d'éclater en sanglots. Voilà. Je suis perdue au beau milieu de tâches de lumière artificielles et d'hommes qui grognent. Je ne reverrais plus jamais ni le cirque, ni mes oiseaux. Mais il faisait trop froid pour s'asseoir dans un coin et broyer du noir. Sans prendre la peine d'essuyer mes larmes, j'accélérais le pas et passe de rue en rue. J'essayais d'espérer – ou de me convaincre de le faire – mais ça n'avait pas l'air suffisant. Plus le temps et les maisons passaient, et plus mes sanglots étaient bruyants et désespérés. Et puis j'entendais du bruit. Aucun grognement, cette fois. Plutôt.. des coups, quelques paroles. Une bagarre, peut-être même des gangs ou je ne sais quoi. Le désespoir prenant le dessus sur la patience que j'aurais pu avoir, je me suis mise à courir aussi vite que possible jusqu'à être au niveau des deux voix. Puis je me suis arrêtée. Je les ai regardés, de loin, jusqu'à ce que l'un des deux inconnus d'avance pour partir. Le temps que mon cerveau calcule qu'il se dirigeait vers moi sans apparemment me voir, il m'est rentré dedans. En sortant de mes pensées, je l'ai regardé et ai souri comme une idiote, toute seule, dans le noir. Ce n'était peut-être qu'un inconnu, mais c'était mon inconnu. Qu'il le veuille ou non, je n'étais pas prête de le lâcher. J'ai cligné plusieurs fois des yeux, de ma grande paire d'yeux bleus et ai cherché son regard à plusieurs reprises.

« N'allez donc pas dans cette direction. Il n'y a là-bas que des pathétiques carcasses humaines . »

Je souris en l'entendant. J'ai un moment craint qu'il ne me frappe ou m'insulte ou je ne sais quoi encore. Après tout, un homme m'a bien grogné dessus et poursuivie comme un vulgaire chien l'aurait fait.
Je me suis un peu courbée, histoire d'avoir mon visage sous le sien, espérant qu'ainsi il daigne m'adresser un regard.

« Je ne veux pas y retourner. J'ai juste.. froid, et peur, et je suis perdue. Vous sauriez comment retourner au cirque ? »

Je n'y croyais qu'à moitié. Après tout, pourquoi m'aiderait-il ? Il ne me connaissait même pas. J'espérais juste faire assez pitié, avec quelques larmes sur les joues et les yeux légèrement rouges pour qu'il accepte de m'y conduire.
Il a soupiré puis plus rien. Je veux dire, aucune expression particulière que j'arrivais à reconnaître.

« .. s'il vous plait ? »
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Aloysius Jacks

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MessageSujet: Re: • Les carcasses •   Lun 20 Fév - 14:55

    Il est surpris. Il reste un moment, à regarder simplement, de son regard qui n'exprime pourtant rien de sa surprise, la jeune femme. Sa petite voix s'élève, légèrement tremblante. Qu'est-ce qu'elle vient se perdre ici, dans cette rue malfamée ? Il soupire une seconde fois, commence à la contourner sans répondre. Mais très vite, il s'arrête de nouveau, et se retourne. Il fait un pas en arrière, et se replace face à elle. Il n'est pas quelqu'un de méchant, non. Et puis, cette jeune fille vaut certainement mieux que de rester ici.

    Et c'est une saltimbanque aussi. Elle cherche le cirque. Et il a déjà croisé son visage. Alors il hausse les épaules dans la pénombre, et lui fait signe de le suivre. Ce n'est pas dans ses habitudes d'aider. Ou plutôt, personne ne lui demande jamais son aide. Les gens le pensent inutiles. Ont-ils raison ou tord ? Aloysius n'en a aucune idée. Alors il se contente d'essayer. Et c'est peut-être une des seules choses pour laquelle il pourrait faire preuve de maladresse. Et oui, même le plus adroit des acrobate peut trouver quelques moments hasardeux.

    « Suivez-moi. C'était ma route. Ce lieu est trop mauvais pour se balader. »


    Il ponctue ses gestes par cette parole simple, qui vient s'évaporer dans la nuit. Il esquisse même un sourire tout aussi bref. Ce genre de sourire ponctuel, amicale. Chose rare pour le jeune saltimbanque. Mais sincère, et pas fou, pour une fois. Enfin, presque pas.

    Derrière eux, un grognement d'une des « carcasses » se fait entendre. Aloysius soupire encore. Décidément, l'espèce humaine est bien pathétique. Ainsi, il reporte son attention sur la jeune femme. Il appuie son regard, en lui tendant sa main. D'un air enfantin, il n'attend même pas qu'elle la lui prenne, mais saisit plutôt la sienne, doucement, et la fait avancer doucement au travers de la rue.

    « Il vaut mieux sortir d'ici, petite demoiselle. »


    Son ton relève plus de l'amusement que d'un ton hautain, et il s'avance en silence dans la ruelle, ses pieds frôlant avec douceur le sol humide. Il en va pas trop vite, pour ne pas la perdre, cependant. Il trouve cela amusant, d'aider les gens. La confrontation de deux individus, qu'il observe avec un regard presque extérieur, malgré son implication, le divertit. Car malgré les apparences, sa folie reste bien là.


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Raven M. Sullivan

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MessageSujet: Re: • Les carcasses •   Jeu 23 Fév - 12:31

J'ai bien cru qu'il allait me laisser là, seule avec ces carcasses dans la nuit. J'ai commencé à sangloter en le voyant ne me prêter aucune attention. Il m'a contourné, et est parti. Enfin, a commencé à partir. Puis il a fait demi-tour. Je savais qu'il était gentil.
… Ou bien qu'il allait m'envoyer chier.
Je l'ai déjà vu, je crois. Au cirque. Du coup, il pouvait bien me dire qu'il ne savait pas, je n'aurais qu'à la suivre pour y arriver. Ahah, ça c'est un plan, bravo ma fille!
Mais en fait je n'en ai pas eu besoin.

« Suivez-moi. C'était ma route. Ce lieu est trop mauvais pour se balader. »

J'acquiesçais en souriant et mes yeux brillaient déjà. Voilà, il était gentil. Il avait une tête de gentil, il ne pouvait être que gentil. Ce mec, et sa mèche et son sourire à peine visible était gentil.
Puis une des carcasses derrière nous a grogné et m'a surpris. J'ai sursauté, j'ai gloussé, je me suis même saisi de son bras en m'y accrochant comme si c'était la dernière chose qu'il me restait au monde. J'ai baissé mes yeux vers le bras auquel j'étais agrippée et lâchais prise. Je me demandais si je lui avais fais mal. J'en doutais, c'est pas comme si j'avais de la force, mais lâchais un « Désolée.. » au cas où. « J'ai juste été.. surprise. » J'avais comme l'impression de ne pas être crédible. Il faut dire qu'une gamine qui chiale à moitié, tremble et s'agrippe à quelqu'un au moindre bruit n'a pas l'air d'avoir juste été « surprise ». En fait, je flippe carrément.
J'ai inspiré et expiré un grand coup, et je l'ai vu me tendre la main. Je l'ai regardé, puis sa main, puis lui, puis sa main. Et il a prit la mienne, comme deux enfants que nous étions encore.
Heureusement pour lui, je n'ai pas les ongles longs.

« Il vaut mieux sortir d'ici, petite demoiselle. »

Je le fixais alors qu'il me trainait le long de la rue. « Maaais, je suis suis pas petite! C'est un effet d'optique! Fait par, euh.. l'alignement de.. des étoiles avec la lune qui.. qui donne cet effet! En fait je suis aussi grande que toi.. euh, vous! … On peut pas se tutoyer en fait? Ça me stresse de vouvoyer les gens. » Je soupirais. Ce que je devais avoir l'air … chiante.
J'apercevais une ombre, de l'autre côté de la rue, et serrais aussitôt la main de mon inconnu, ma seconde main se saisissant à nouveau de son bras. L'ombre a traversé la rue, est retournée sur ses pas et se tenait plus loin, face à nous. Il se pouvait que je sois en train d'halluciner, de délirer. Ça ne serait pas la première fois. « Rassure-moi.. il n'y a aucune ombre à l'autre bout de la rue, hein? » Je l'imaginais déjà se foutre de ma gueule parce que j'hallucine. Je tentais de me détendre, d'inspirer et expirer un bon coup. Je desserrais un peu son bras, ainsi que sa main. « Au fait.. tu t'appelles comment, monsieur l'inconnu? »
Quand je vous disais que j'étais une gamine.



quand elle m'emporte au fond de ses yeux bien trop clairs qui ont la couleur d'un est, toujours un peu à l'ouest. elle, elle dit que tout va bien.
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Aloysius Jacks

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MessageSujet: Re: • Les carcasses •   Ven 9 Mar - 18:29

    Cette jeune fille semble terrorisée. Cela l'amuse. L'attendrit, même. Il aime bien les petites choses attachantes, comme elle. Elle est bavarde, bruyante. Expressive. Elle semble être l'opposé d'Aloysius. Elle lui explique qu'elle n'est pas petite. Cela le fait sourire. Son explication ne tient bien évidemment pas la route, cela l'amuse. C'est une petite chose curieuse, qui lui demande si ils peuvent se tutoyer. Le funambule hausse les épaules. Cela ne le dérange pas.

    Ce qui le dérange légèrement, un peu plus, c'est quand elle crispe sa main sur la sienne. Aloysius grimace légèrement, dans le noir. Il n'a pas l'habitude des contacts. Il les évite. Pourquoi ? Il ne sait pas. Aloysius n'est à l'aise qu'avec bien peu de gens.

    « Rassure-moi.. il n'y a aucune ombre à l'autre bout de la rue, hein? »

    Cette question le sort de sa réflexion. Il redresse le regard vers le bout de la rue, intrigué. Il ne voit rien. Ou plutôt ne regarde pas vraiment. Son esprit est dans le vague. Il fait sombre, et ses yeux ont bien du mal à déterminer si la masse noire qui se dessine à quelques mètres d'eux est belle et bien humaine. Il ne la perçoit pas se mouvoir dans la nuit. Elle l'a peut-être fait, mais dans ce cas là, il aurait regardé trop tard... Ce qui est possible. Car Aloysius a toujours un temps de retard. Il est en désaccord avec la musique du monde, se détache avec ce rythme trop soutenu. Alors il hausse une nouvelle fois les épaules, tandis que la jeune femme continue déjà de parler sans lui laisser le temps de lui répondre. Elle lui demande son prénom. Il se penche vers elle, hochant doucement la tête, et répond de son ton à la fois enfantin et mystérieux :

    « Le monsieur inconnu s'appelle Aloysius. Et comment s'appelle la petite demoiselle égarée ? »

    Il lui sourit, et lui tapote la tête en souriant de son air étrange. Il laisse planer un léger silence, reportant son attention sur l'ombre qui inquiète la jeune femme. Il la pointe du doigt, à la manière d'un enfant. Il la regarde d'un air interrogateur, avant de reprendre la parole :

    « C'est de cette silhouette étrange dont tu parles ? Je ne sais pas s'il s'agit là d'un être vivant... Enfin, dans cette ruelle, je ne suis pas sûre que les êtres vivent réellement encore. Ils ont l'air vides. S'en est désolant. »

    Il se tait. Il parle trop. S'égare dans ses paroles. Ses paroles sans sens précis. Il ne répond pas aux questions, se contente de se perdre. Il est ainsi. Incorrigible être dérangé. Il fait avancer doucement la jeune femme avec lui. Il faut rentrer, ne l'oublions pas. Ils se rapprochent de la silhouette. Aloysius n'a pas vraiment peur. Son air est calme. Son pouls est régulier et lent. Il se retourne vers la jeune femme d'un air interrogateur.

    « Il ne faut pas avoir peur. Crains-tu donc une ombre ? Une ombre, c'est immatériel... Si cet être se fait dévorer par l'obscurité ainsi, c'est qu'il doit l'être aussi, non ? »

    Il sourit. Son raisonnement est étrange, encore une fois. Tellement métaphorique et enfantin.


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Raven M. Sullivan

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MessageSujet: Re: • Les carcasses •   Mer 28 Mar - 19:42

Plus on avançait, et moins j'avais peur. Je crois. Avoir une présence avec moi est rassurant, même si la présence en question m'est encore peu connue. Il a les cheveux d'un noir comme celui du ciel, et de petits yeux que j'ai du mal à croiser. Il semble difficile à cerner. Mystérieux. Pas spécialement sociable, pas vraiment attiré par les gens. Il avait l'air ailleurs. Parti, emporté, hypnotisé par un amas de pensées d'une grandeur sans pareille.
Puis il s'est réveillé. Ma question l'a réveillé, je crois. Il a regardé le bout de la rue, a cherché sans chercher la forme dont je parlais. Lui n'avait pas l'air bien effrayé – voilà qui était rassurant. Il s'est contenté d'hausser les épaules, comme plusieurs fois déjà. Pas bien bavard, très calme. Peut-être était-il mime. Je l'ai vu se pencher vers moi, et j'ai reculé par réflexe. Je l'ai regardé avec de grands yeux, et me suis rapprochée pour entendre le son de sa voix. Mon inconnu n'était tout au plus qu'un piètre mime, un muet bien bruyant. Sa voix était douce, enfantine et tout l'opposé à la fois. Tout en lui était décidément une énigme. « Le monsieur inconnu s'appelle Aloysius. Et comment s'appelle la petite demoiselle égarée ? » Aloysius. J'avais déjà entendu ce prénom. Il se peut que c'ait été à la foire, à la télévision, au théâtre, au cirque – je n'ai pas beaucoup d'autres repères, ne sortant que peu. Il n'était en tout cas pas un total inconnu, j'en étais convaincue – et certainement pas un mime. Je le voyais bien conteur. Aloysius, l'écrivain. Peintre. Photographe, musicien, danseur. Équilibriste, jongleur, acteur, voyant, dresseur, dressé. Aloysius le tout et le rien.
Mes sourcils se froncèrent, et je rétorquais d'une voix plutôt faible, sans m'éloigner de l'homme. « Raven. » Je ne prenais finalement même pas la peine de lui refaire tout un discours accompagné d'arguments tous plus absurdes les uns que les autres concernant ma taille. J'étais petite, il était grand, la lune brillait et le chien aboyait. On s'en fiche pas mal, en fin de compte.
Se retrouver avec une personne de son genre m'amenait à peser mes mots. À ne les utiliser que peu. J'entrais avec lui dans un monde où chaque mot avait l'air payant, au prix fort. Je n'étais pas bien riche, je ne parlais que peu. Son silence me faisait sentir que chaque parole devait être encore plus onéreuse que je ne l'imaginais, et devait donc être choisie avec goût, avec précautions. Ça me changerait bien, et compenserait tous ces mots que j'ai dis et dirais sans réfléchir et sans utilité.
« J'ai déjà entendu ton nom. Aloysius. » Ça me paraissait important à dire. Le problème n'étais pas de parler trop ou trop peu – c'était de lui parler. C'était lui qui facturait le moindre de mes mots. Qui, par sa seule présence, me faisait me sentir obligée de la fermer. C'était comme une barrière.
Je sentais sa main sur le dessus de mon crâne, et il m'adressa un sourire auquel je répondais. Sourire lui allait bien. Son doigt se leva dans l'air, pointa la silhouette noire du bout de la rue. Le mur de silence qu'il avait été se brisa en un instant. « C'est de cette silhouette étrange dont tu parles ? Je ne sais pas s'il s'agit là d'un être vivant... Enfin, dans cette ruelle, je ne suis pas sûre que les êtres vivent réellement encore. Ils ont l'air vides. S'en est désolant. » Je le regardais. Il ne pesait plus ses mots. Ce devait être les soldes dans sa tête, chacun était gratuit, il se permettait de tous les utiliser. Mais ses paroles étaient jolies – leur sonorité l'était, tout du moins. Aloysius semblait se perdre dans ses belles paroles, ne plus savoir ce qu'il dit, où il veut en venir. Je n'étais plus vraiment la seule égarée.
« Tu n'as pas l'air vide, toi, dans cette ruelle. Ni mort. Ni désolant. » Je l'observais, la tête levée vers lui. Je n'osais toujours pas trop m'en éloigner, bien trop froussarde dans cette pénombre englobante. Je le sentais avancer, m'amenant dans son mouvement. La silhouette se rapproche – ou plutôt, nous nous en approchons. Mes yeux se ferment petit à petit. La peur est faite de manière qu'on la ressent moins les yeux fermés. Rien ne semble déranger Aloysius dans cette ruelle, ses pas ne ralentissent pas, il n'a pas l'air perturbé le moins du monde par ce qui pourrait nous attendre au bout du petit chemin. Il ne se sent même pas menacé, intrigué. Devinant son regard se porter sur moi, je rouvre mes paupières et le fixe, peureuse. « Il ne faut pas avoir peur. Crains-tu donc une ombre ? Une ombre, c'est immatériel... Si cet être se fait dévorer par l'obscurité ainsi, c'est qu'il doit l'être aussi, non ? » Je l'observais. Plus il en disait, moins j'en approchais. Plus je semblais en apprendre, moins je le comprenais – il avait l'air plus dur à cerner qu'une montagne à escalader. Ses paroles le rendaient trop jeune pour être adulte, et trop calme pour ne pas l'être. Aloysius, le magicien. Ce devait être ça. Il sourit.
Bien que concentrée sur ce qu'il disait pour éviter de penser à l'ombre, je n'arrivais pas à l'oublier. As-tu peur d'une ombre, Raven ? Oui monsieur. Je hochais la tête. Je ne devais pas être effrayée par cet amas de rien. Je tentais de tourner le regard vers l'ombre en question et n'apercevais plus la moindre trace de son passage. Je pouvais rouvrir mes yeux en entier, tout grands qu'ils étaient, sans craindre qu'une chose ne nous attaque. J'expirais, inspirais, et dans ce silence ma respiration me paraissait plus bruyante que n'importe quoi.
« Tu es magicien, Aloysius ? » Enchanteur, ensorceleur, devin, mage, sorcier, appelle ça comme tu veux – il était bien trop mystérieux pour être un vulgaire banquier.



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