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 Encre. | Raven.

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Ael Von Hunnigan

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MessageSujet: Encre. | Raven.   Sam 4 Fév - 18:14

CARNET :
 

Tu connais ces soirées, où on a l’impression d’être ailleurs. Totalement ailleurs. Loin de toute forme de vie répertoriée. Les ombres te passent devant mais tu ne les voies pas. Elles ne t’atteignent pas. Elles passent et repassent. Sans distinction. Juste des silhouettes flottantes et sales. Copie de copie de copie. Dérivées de dérivées. Sans forme propre. Modèle commun. Comme toutes les autres. Plus de différence. Juste gris sur gris. Gris pour gris. Se confondent et forme un tout informe. Des ombres pululantes. Immondes. Des ombres sans visage qui s’agitent inutilement. Modèle caniche-laisse ; short-chaussette ; mini-stiletto. Que des trucs dégueulasses qui passent et repassent. Sans personnalité propre. Des modèles de modèle de modèle. Et du bruit. Qui ne s’arrête pas. Le brouhaha des ombres. Qui efface tout ce qui est connu et inconnu. Qui empêche de réfléchir. Un putain de monde gris qui empêche de vivre et de rêver.
Mais c’est la fatalité. On se laisse tous bouffer un jour. On se place dans le moule. Mais on est là pour les remettre en place.
Par le sang.
Ce tas infâme de chair et d’os. Qui ne méritent aucune place en ce monde. Qui ne mérite pas l’oxygène. Qui brûle l’air, inutilement.
Qui ne méritent pas de vivre.
Qu’ils crèvent.
Et tu sais quoi ? On ne s’est jamais sentit aussi bien.

Le monde tourne et ne s’arrête pas. On passe devant d’autres choses. D’autres personnes, et on ne les remarque même pas. Le gris envahi l’espace. Personne ne se démarque. Personne ne ressort. Tous les mêmes. Tous pareils. Tous embrigadés dans le même système avec les mêmes pensées. Modèles standardisés à grande échelle. Modèle de production de masse pour peuple docile. Peuple acoustique-olique. Silence-ophobe. Devant des écrans qui hurlent. Divertissent et trompent. Spectacles audio-visuel à grande échelle, copies de copies d’images pour imagination disparu. Penseurs modernes. Contes à grande échelle. Nouveau temps. Nouvel air.
Les dessins animé.
C’est différent.
Ne te trouve pas d’excuse. Tu leur ressembles.
Non.
Tu es une ombre.
Nous sommes. Toi aussi.
Tu es fantastique.
Nous n’avons plus d’âme.
Tu as tué Mère.
Nous avons tué.
On ne s’est jamais sentit aussi bien.

CARNET :
 

L’endroit n’est pas calme. L’endroit n’est pas beau. L’endroit est sale. Les gens rient. Les gens rient et se regroupent en masse difforme, sous un chapiteau en silicone décoloré par le soleil. L’endroit est vieux. L’endroit ne mérite aucune présence.
Désolé et désert. Vide et angoissant. Tu imagines. Derrière les restes de clowns qui se cachent dans les roulottes. Des cadavres qui sourient. Blancs et décharnés. Fraise couverte de sang. Entre les feux qui crépitent seuls et les cages où se décomposent des animaux morts. Le costume de La Chose à moitié fondue au sol en étrange bouillie jaunâtre. Le maquillage des actrices gras et sale sur des miroirs brisés contre le sol. La moitié de la tête du dompteur où est encore enfoncés cinq crocs d’un lion piqué. L’air entêtant qui se libère d’une tente éventrée. Le son là mais pas réellement présent. Comme un mirage. Une roue à la peinture écaillée portant le cadavre de la belle demoiselle aux couteaux. Une lame plantée dans l’œil.
Merci. C’est suffisant pour le moment.
Le monde est. Il suffit juste de l’éclairer.

Un pas dans la brume. Dans un monde fantomatique. Etrange et étranger. Faire le tour du chapiteau de feu. Passer derrière les barrières. Dans l’arrière court désolée et négligé. Des mégots partout. Des trapèzes brisés. Des tricycles abandonnés. Brisés. Enfuis dans la terre. Rouillés.
Déchets de l’humanité.
Carcasses de joie. Sentiments d’horreur. Partout autour. L’endroit est sale. Juste. Sale. De nouveau pas. Un peu plus loin. Loin de la civilisation. Plus vers les étoiles. La Lune et ses merveilles. Illusions. Peut-être. Le monde est hideux.
Un arbre mort et creux d’où s’échappent cafards et chauves-souris. Arbres aux ébats une fois minuit passé. Le jongleur et l’acrobate. L’illusionniste et la dompteuse. L’écuyère et le clown. Le trapéziste et le jongleur. L’équilibriste et le magicien. La contorsionniste et la ventriloque. Du sexe sale. Avarié avant d’être consommé. Et puis, le corps putride d’une jeune femme se voulant blonde. Entourée de dizaines d’oiseaux qui ronge ses os. Déchirent sa chaire. La mangent. La consomme.
La fille aux oiseaux.
La fille aux oiseaux.
Encore en vie.
Pas totalement morte. Comment elle s’appelle ?
Je ne sais plus.
Tu la tueras.
Sans doute un jour.
Comme ces corbeaux tout autour d’elle.
Raven.
Raven.

J’approche. Contemple. La peau blanche. L’esprit échauffé. Le corps de marionnette et ses veines qui s’en échappent. S’accordent à le faire danser. Un pantin. Elle me voit. Ne me voit pas. Pas d’importance. Elle est frêle. Elle est affreusement frêle. Raven. C’est ça ? Non. Raven. Dis-moi que ce n’est pas ça. Raven. Dis-moi que je me trompe. Raven. La gamine oubliée. Tu ne te rappelles de rien, c’est ça, non ? De moi, tu t’en souviens pas. Dis-moi juste que tu as oublié à quel point les choses peuvent être horribles, juste, dis le moi. Regarde-moi Raven ou ne me regarde pas, ça n’a pas d’importance. Dis-moi juste que ce n’est pas toi. Que tu n’es pas. Raven. Ce monde te fait peur. Je sais, ce monde est pourri. Dis-moi, Raven. Tu te souviens de moi ? Moi, non, moi, je ne me souviens de rien. A vrai dire. Juste de ton corps, Raven, ton corps de petite poupée fragile. Ton corps de porcelaine et tes grand yeux bleu, tes grands yeux lagons. Raven. Je ne me souviens de rien, tu sais. Tu n’es pas jolie. Tu ne vaux pas grand-chose, Raven. Mais, tu blesses. Dis-moi que tu ne t’en rappelles pas. Dis-moi que ce n’est pas toi. Dis-moi que je me trompe et retourne toi. Retourne parmi les ombres Raven. Tu es trop blanche, trop frêle, beaucoup trop. Dis-moi que tu n’existes pas. Que tu es un mirage, un cadavre, toi aussi. C’est peut-être ça, Raven. Tu n’existes pas, tu es morte avant même d’avoir poussé ton premier cri. Raven. Morte née. Tué par un monde trop sombre pour toi. Ta lumière envolée. Disparue. Tuée par un monde qui ne pouvait te supporter. Raven.

A quelques centimètres. Juste. Je te regarde. Je te regarde. Raven.
Laisse toi ronger, poupée oubliée.
Dis-moi que tu n’existes pas.
Raven.



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Raven M. Sullivan

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MessageSujet: Re: Encre. | Raven.   Ven 10 Fév - 22:47

La journée n'a ni bien ni mal commencé. Je me suis réveillé sans rien penser, ni ressentir. Sans aucune envie, aucun désir. Aucun but dans la journée, si ce n'est celui de réussir mon numéro. Encore. Voir des dizaines de gens, aux visages plus laids les uns que les autres. Cette journée ne commence pas très bien.
Il y avait ce mélange d'odeurs, étrange mais agréable, qui flottait dans l'air entre deux roulottes. Un lourd parfum d'homme, mêlé à une arôme de fruits. De la framboise, de la cerise, de la fraise peut-être. Et du cassis. S'ajoutait à cette odeur de paradis le bruit d'un océan proche et lointain à la fois – un son sorti de ma tête seulement.
Petit à petit, l'arrière du cirque prenait vie. Il y avait les jongleurs qui se mettaient à faire valser les balles, les anneaux et les foulards.. et leurs enfants qui les envoyaient dans les fenêtres des roulottes. Quelques clowns allaient ça et là et je me retrouvais forcée à me tourner pour être dos à eux. Eux et leur sourire maléfique, leurs grands pieds de diables et leur gros nez rouge d'ivrognes. On aurait pu m'affirmer qu'ils étaient tous ce qu'il y a de plus banal, doux et inoffensif que je n'en aurais pas cru un mot; les clowns – rien que le mot m'effraie à m'en donner la chair de poule – ne sont rien de plus que d'ignobles bêtes féroces, sadiques et probablement cannibales.
En m'éloignant de plus en plus de ma roulotte, j'entendais les rugissements de gros chats domestiqués. Je passais devant les contorsionnistes et un ou deux magiciens, avant d'arriver vers les cages des animaux. Des gros chats. Des gros chats, et encore d'autres gros chats, et une volière. Une colombe, un corbeau. Harlow et The Rev. Je sortais de la poche de ma robe blanche un petit instrument. Plutôt rond, bleu. D'un bleu intense. Je soufflais un coup dedans et un son en sortit. D'abord aigu, puis grave. Les deux volatiles cessèrent de se chamailler et tournèrent leur tête vers moi. Enfin, vers l'instrument. Un petit ocarina, tout simple, de la taille de ma main, pas plus. mon sourire s'élargit en croisant le regard des deux animaux, comme celui des deux gosses accrochées à leur cage à mes côtés. Je baissais tout juste la tête vers elles qu'elles s'étaient déjà volatilisées je ne sais où. Elles étaient peut-être magiciennes. Ou des fantômes, qui sait. Peut-être même que je ne les avais qu'imaginées. Mais peu importe, puisqu'elles ne sont plus là.

Je m'éloigne toujours des autres, pour m'entrainer. M'entrainer. C'est un bien grand mot. Je n'ai qu'à sortir deux piafs de leur cage, les amener là où je veux et souffler dans le petit instrument en bois quand ils commencent à foutre le bordel. Rien de bien dur, en somme.
Il y a eu des battements d'ailes, puis des notes. Une, deux, trois. Et des cheveux et la robe qui volent, et du vent, un peu. Et puis il y a eu une paire d'yeux. Qui me fixe. Une peau blanche, des cheveux noirs. Des pieds chaussés qui s'avancent doucement et se stoppent. Je n'arrête pas de jouer de suite, ou les oiseaux lui fonceront dessus. Ils pourraient le décoiffer, l'attaquer, le blesser, ou peut-être rien de tout ça.
J'avais les yeux fermés, je n'entendais pas grand chose. Et quand je les ai ouvert, il n'y avait plus d'oiseaux déchaînés, et plus de notes; la chanson s'est finie. J'ai laissé tomber mes bras et l'ai regardé, avec de grands yeux. C'est un tic. J'ai déposé l'ocarina parterre – je ne sais pas pourquoi mais c'est comme ça – et je me suis avancée. Ce mec avait quelque chose que je connaissais.. je crois. Quelque chose de familier, plus ou moins. Peut-être des cheveux noirs comme ceux du voisin, ou des yeux de la même couleur que ceux d'un des magiciens. Peut-être qu'il était magicien. Et peut être pas.
Plus je me rapprochais, plus mes yeux s'ouvraient et s'éclaircissaient. Il y avait un peu de vent mais il ne pleuvait pas et ne faisait pas froid, ils étaient d'un bleu de plus en plus pâle. Je contournais l'homme rapidement et me stoppais devant lui. Je n'aurais même pas eu à me baisser si j'avais voulu voir son visage alors qu'il baissait la tête. Il était grand – ou bien j'étais petite. J'essayais de trouver ses yeux pour l'y fixer et tenter de me rappeler de si je le connaissais ou si je délirais un peu. Je n'arrivais pas vraiment à me décider. Je ne le connaissais sûrement pas, et ça n'était qu'une impression. Je m'éloignais un peu, de deux ou trois pas – je devais avoir l'air d'une folle. Ou d'une attardée qui a bien sa place dans un cirque, mais pas exactement pour faire danser deux oiseaux avec un ocarina.

« ...Est-ce que.. Est-ce qu'on se connait? »


Dernière édition par Raven M. Sullivan le Dim 4 Mar - 1:09, édité 1 fois
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Ael Von Hunnigan

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MessageSujet: Re: Encre. | Raven.   Jeu 23 Fév - 19:52

CARNET :
 
Le problème est toujours le même. Toujours. Des pas, dans la nuit, des souffles inconscients. Innocents. Qui hurlent silencieusement. Qui hurlent et se débattent. Des souffles de vie et de mort. Des souffles pour attester de quelque chose qui n’existe pas vraiment. Quelque chose qu’on se force à croire, constamment. Quelque chose qui n’a pas de sens en dehors de notre esprit. C’est simple et tellement complexe à la fois. Ca n’a pas de sens une fois prononcé ou écrit. Ca n’a de sens qu’en notre esprit. C’est un précepte philosophique exhumé de la tombe et qui ne mène jamais à rien. Jamais. Une pensée volage et volatile qui s’enfui dès qu’on essaie de la faire exister autrement qu’en sensation. Autrement qu’en soufre jaune nous rongeant les viscères. C’est un sentiment étrange auquel on ne cherche pas de sens ou de signification particulière. Il est pourtant là. Présent. On le sait mais la simple volonté de le transformer a été abandonnée. Il est corps vaporeux. Il n’est que fumée. Il n’a aucun égal. On ne peut pas l’attraper avec les doigts. On peu l’enfermer mais il perdrait instantanément de sa beauté. C’est un sentiment étrange, vraiment. Qui n’a aucune distinction entre le bien et le mal. C’est un sentiment qui va au-delà de tout cela. Au-delà des principes pitoyablement humains. Au-delà de la conscience et de la métaphysique même. Il est autre chose. Un fantasme. Un rêve. Une malédiction. Artifices. Toujours présent. Corrode l’âme. Défragmente le corps. Irradie l’esprit. Chimères. Détruit petit à petit. Sans jamais pouvoir s’en défaire. Carnassier nous rongeant les os.

Elle s’avance, princesse égarée. Les oiseaux volent au dessus d’elle. La dévorent, lui aspirent l’âme et s’en vont. Lui volent un fragment d’elle-même sans qu’elle ne se rende compte de rien. Elle lève les yeux et s’approche. Les notes vibrent et fond frémir. Trop banal, trop claire, peut-être. Ou alors, autre chose. Qui sait. Qui sait…

« ...Est-ce que.. Est-ce qu'on se connait? »

Non. Non. Pitié. Non. On ne se connait pas.
Son corps tremble. Tu sens son sang battre dans son cœur.
Tu n’es pas là. Non je ne te vois pas. Non je ne te sens pas. Non je ne te respire pas.
Elle est frêle. Elle est frêle. Elle va se briser. Juste. Un contacte.
Qui n’arrivera pas. Elle n’est pas là.
Menteur.
Elle n’est pas là.
Alors, pourquoi l’as-tu retrouvé ?
Merde. Raven.

CARNET :
 
« Peut-être que non semble la réponse la plus appropriée. Colombe égarée.»

Elle est proche. Elle est proche. S’arrête. La nuit est froide. Comme elle. Comme moi. Froide et désolée. Des volutes de fumée argentique séparent nos deux corps. De l’air condensé et rien d’autre. Elle n’a pas changé. Ses yeux sont grands. Ses yeux sont bleus, presque gris. Ses yeux sont lourds. Presque douloureux. Elle me regarde, avec cette même gêne, cette même pudeur. Cette même bienséance. La petite fille n’a pas grandit. L’histoire revient, petit à petit. Elle n’avait rien à faire là. Elle n’avait rien à faire. Le reste n’est que torture. Le reste est ne mérite pas de mot. Le reste n’est que sang et sulfure. Acide et cuisant. Des souvenirs d’enfants qui se voudraient d’être oublié. Mais, tu ne te souviens pas, Raven, oui, fait moi ce plaisir, tu as tout oublié. Raven. Raven. Le reste, ton esprit l’a effacé, dit-moi qu’il en est ainsi. Dit moi que tu n’existes plus. Dis-moi que tu n’es plus rien, Raven, que tu n’as jamais existé. Que tu n’as jamais sentis. Jamais vu. Jamais. Raven. Pourquoi ne me laisses-tu pas oublier Raven. Pourquoi ton image vient de nouveau me hanter ? Raven.

« Votre nom ne vous convient pas du tout. Mais vous le savez déjà, n’est-ce pas ? »

C’est inutile. Tu n’y arriveras pas. Le fléau, la souffrance, la rage, l’envie. Voir ses yeux se décomposer devant toi. Voir son cœur cogner jusqu’à en exploser. Voir la peur dans son regard. La voir t’aimer et te haire en même temps. La voir vivre de toi et se vider petit à petit. La voir mourir, devant toi. Voir son âme se corroder et s’émietter. L’éclat de son regard disparaitre. Sentir son souffle s’élimer dans sa poitrine. Disparaitre. Mourir.
C’est inutile.
Tu te mens à toi-même.
C’est inutile.
Crache le morceau. C’est ce que tu veux. Tu le sais aussi bien que moi. Fait le, qu’on en finisse.

« Dove t’irait mieux. Tu ne crois pas, Raven ? »

Non. Raven. Non. On ne se connait pas.
On ne se connait pas.



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Raven M. Sullivan

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MessageSujet: Re: Encre. | Raven.   Dim 4 Mar - 1:08

Le ciel s'assombrissait à vue d'œil. La pluie n'allait pas tarder à arriver. C'aurait dû me déprimer mais ça me mettait en joie. Je levais la tête vers le ciel, et souriait en voyant toujours un morceau de soleil. Il ne faisait toujours pas froid.
Je redressais ma tête et souriait au garçon. Il avait l'air si mort et si vivant à la fois. Il était intriguant. Je n'arrivais toujours pas décidé. Je ne savais toujours pas si je le connaissais ou pas. Plus je le regardais et moins je pensais l'avoir connu – quelqu'un comme lui aurait dû me marquer, non ? Dans tous les cas, j'aurais aimé le connaître. Pour peut-être un jour l'avoir trouvé moins intriguant. Moins mort, et encore plus vivant.
Et puis j'ai cru avoir une réponse à ma question.

« Peut-être que non semble la réponse la plus appropriée. Colombe égarée.»
« Colombe égarée ? Je suis pas égarée ! Et puis.. je ne pense pas ressembler à une colombe.. »

Je lui souriais. Non, vraiment, une colombe ? J'avais l'air d'une colombe, moi ? Quand je regardais Harlow, je voyais une colombe. Élégante, douce, gracieuse. Je n'étais qu'une gamine avec de grosses chaussures, de longs cheveux emmêlés et une maladresse sans égal. J'étais plus un pigeon qu'une colombe. Mais finalement, j'acceptais la comparaison. C'était un beau compliment.

« Votre nom ne vous convient pas du tout. Mais vous le savez déjà, n’est-ce pas ? »

J'ouvrais un peu plus grand mes yeux et le fixais en m'approchant à nouveau, le touchant presque. « Si on ne se connait pas, comment est-ce que vous pouvez savoir que mon nom ne me va pas ? Ils ne le disent même pas dans mon numéro! » Je souriais. À moins qu'il n'ait questionné les autres artistes, il y avait des chances que je le connaisse. Et je ne vois pas ce que je pouvais avoir de suffisamment intéressant pour que quelqu'un cherche à connaître mon nom.
Mon sourire s'élargissait de plus en plus, et je soufflais un « Je suis sûre qu'on s'est au moins déjà vus.. », presqu'inaudible. Et il a à nouveau ouvert la bouche.

« Dove t’irait mieux. Tu ne crois pas, Raven ? »

Je souriais encore plus, si c'était possible. Ça fait toujours bizarre de se rendre compte que quelqu'un nous connait, ne nous a même pas oublié. Alors que nous, nous n'en gardons aucun souvenir. Ou un bien trop lointain. Peut-être une idée, vague, des hypothèses qui passent et partent dans notre tête. Et au final nous ne sommes même pas foutus de nous souvenir de son prénom. Rien du tout. Et on se sent désolé.

« Dove ? »

Je réfléchissais. Si je l'ai connu, un jour, il doit bien m'en rester quelques souvenirs. Je me souviens bien de la moindre seconde passée ici le jour de mon arrivée. Je me souviens de la position de la moins étoile dans le ciel, hier soir, depuis la fenêtre de ma roulotte. Je connais le moindre très d'une des personnes avec qui j'ai passé mon enfance. Et ce mec, qui se souvient visiblement de moi, ne m'évoque rien. Aucun moment. Aucun passé.
Il avait l'air d'avoir une obsession avec les colombes, en tout cas. Je le comprends. La délicatesse et la fragilité de la colombe sont des choses belles à voir, touchantes. Presque irréelles, parfois.
Et la façon dont il parlait semblait tout aussi irréelle.
Ce mec avait l'air de cacher tellement de choses derrière neuf mots. De souvenirs, d'émotions, de paysages, de gens.

Je torturais ma mémoire. Je la tordais et la tordais, comme une pauvre éponge, et attendais qu'elle lâche sa dernière goutte. Aucun visage ne revenait, il n'y avait toujours pas de nom, aucun lieu, pas de temps. C'était sûrement un moment perdu, suspendu dans le temps. Un peu à part. Où j'étais apparue comme ça, en un claquement de doigts et sans avoir de raison d'y être. Et repartie aussi vite.
Je me tripotais les cheveux, les enroulais autour de mes doigts, m'en faisais une moustache et l'enlevais rapidement, retrouvant un peu de sérieux. Il me stressait un peu. Je soupirais. Je ne me souvenais finalement pas de grand chose. Juste..

« J'ai déjà entendu dire que ça ne m'allait pas. Je suppose que si on me l'a déjà dit, c'est que c'est vrai.. »

Je ne me souvenais toujours pas de son prénom. Peut-être que je ne l'avais, au final, jamais connu, son prénom.

« Si je ressemble à une colombe, tu me fais penser à la pluie. »

Oui, Pluie aurait pu lui aller. La pluie a quelque chose de doux et poétique, tout comme lui.

« Dis, Pluie, comment on s'est rencontrés ? »

Le soleil disparaissait peu à peu, et je me remettais à gesticuler un peu, ennuyée de rester là sans bouger. Je souriais à Pluie.



quand elle m'emporte au fond de ses yeux bien trop clairs qui ont la couleur d'un est, toujours un peu à l'ouest. elle, elle dit que tout va bien.
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MessageSujet: Re: Encre. | Raven.   Ven 15 Juin - 23:26

CARNET :
 

J’aurais pu l’arracher, l’arraché de son jardin dépravé. Comme une rose fanée, tellement elle semble fragile. Toute droite. Trop frêle et mal habillée. Des vêtements trop grands pour camoufler un corps sans doute squelettique. Trop maigre. Trop blanc. Trop frais. Trop lisse. Trop lumineux. Trop. Beaucoup trop. Elle avance, ne sait pas où aller. Tellement frêle qu’elle en disparaitrait. Un fantôme. Plus là. Transparente. Un pot de fleur vide dans le coin d’un jardin bouffé par les mauvaises herbes. Trop hostile pour tenter quoi que ce soit à présent. Elle disparait, petit à petit. Trop blanche. Trop fine. Elle se confond avec la lumière. Avec le papier. Mais elle ne connait pas l’encre. Elle est trop pure. Virginale. Une tâche et c’est fini. Fragile. Trop fragile. Beaucoup trop. Ca ne plait pas vraiment. Non. Pas à tout le monde. Elle est trop délicate pour ne pas avoir peur de la briser au moindre contacte. Même la regarder est difficile. Elle est douloureuse. Ingénue. C’est brutal. Elle te touche presque.
Souille sa peau. Son âme.
Tu brûles.
Juste un peu de calygraphie. C’est une forme d’art. Quelques arabesques sur son corps décharnés. Une aiguille. Un cœur. Du sang et deux trois pansements pour cacher sa douleur au monde. A tous ceux qui pourrait avoir envie de son corps, de son âme et de ses cris. Parce que sa fragilité fascine. Et elle ne dira rien. Passive.
Une traînée.
Que demandé de mieux.

Beauté fragile et effondrée.
A deux doigts du précipice.
Tellement proche.
Presque mortes.

Elle l’était.

Ce monde, qui trouble et effraie à la fois. Sombre. Désespérément sombre. Là traîne tellement de choses crades qu’il est difficile d’y croire. L’air est lourd, on voit partout ici tout ce que l’on aimerait nous cacher. Quelques corps inertes dans la forêt. Des lambeaux de peau ici. Cheveux couvert de sang là. Bras et autre utérus pour compléter le tableau. Des restes de femmes. Cachés. C’est sale. Tout autour. C’est sale et on le sent. C’est sûr, certain. On ne peut pas passer à côté. Sous la terre pourri le sang de milliers de générations. Quelques autres restes lubriques et obscènes. Là, juste sous nos pieds. Dans la terre. Faisant grandir nos arbres. Jusque dans l’air que nous respirons.
Elle. Moi. Tous.
Et tout autour, ces corbeaux qui la dévorent. L’assaillent. Mais elle ne le sent pas. Elle ne bouge pas. Sa peau se déchicte en longues bandes pourpres mais elle ne dit rien. Ne réagit pas. Ses bras, son visage, ses jambes, qui partent en pièce. Juste devant. Et le sang qui coule, encore. Ses os qui se dévoilent.
Elle disparait.
Hallucinations.
Ils aspirent la vie des âmes errantes. Tout ce qui leur reste. Pas grand-chose. Elle, là. Ses yeux toujours braqués. Ce n’est pas gênant. Le corps et l’esprit reste impassible face à telle chose. Le contrôle toujours. Jusqu’à le perdre.
Bientôt.

« Dove ? »

L’artifice se brise. Retour à la réalité. De nouveau entière. Pure. Blanche.
Juste le son de sa voix.
Et elle s’approche. Le vent et son parfum qui l’accompagne. Fleuris. Quelques touches de musc pour rendre l’odeur plus lascive. Mais rien qu’un peu. Ce n’est pas approprié pour une petite fille.
Elle ne grandira pas. Et tu ne changeras pas.
Ca n’a pas d’importance.

Aucun mouvement. Pourquoi faire ? Elle fait bien assez. Mes yeux toujours dans les siens. Le noir d’onyx contre le bleu de l’océan. Clair. Ses yeux sont fades. Finalement. C’est dommage. Un peu. Mais il y a tellement mieux…

CARNET :
 

Elle sourie. Elle ne fait que ça. Elle se tient devant moi. S’approche. Doucement, juste contre moi. Elle est là, à quelques centimètres de ma peau. Me frôle et me sourie. Une enfant. Elle joue sans même s’en rendre compte. Un soupçon de vent et son odeur qui me parvient en légères bouffées. Suave. Rester immobile, encore un peu. C’est ce qu’on veut, putain, ouais. C’est ça notre vie. Merde.
La plaquer contre l’arbre.
Trop cliché.
L’étrangler.
Pas de cadavre, pas ce soir, pas encore.
La mordre, jusqu’au sang.
Trop brutal. Elle n’a pas assez de sang pour saigner.
Lui briser le bras. L’entendre hurler.
Elle est déjà en pièce, ça ne sert à rien.
L’embrasser. La prendre. Lui voler la fleur qu’il lui reste.
Haha. Vraiment ?

Putin, Raven. C’est stupide. J’en ai assez du souvenir.

En réalité. Je te hais. Mais tu le sais.
Bien sûr.
Bien sûr.

« J'ai déjà entendu dire que ça ne m'allait pas. Je suppose que si on me l'a déjà dit, c'est que c'est vrai.. »

Tellement… influençable .
C’est est presque indécent.

« Si je ressemble à une colombe, tu me fais penser à la pluie. »

Mignonne.

« Dis, Pluie, comment on s'est rencontrés ? »

Il suffit de l’attiser. C’est simple. Elle est proche. Ouais. Une main, toucher sa joue. Un lambeau tombe au sol. Mais ça n’existe pas. Ce n’est pas réel. Aucune réaction dans l’iris. Question d’habitude. Elle ne saigne pas. Non. Juste sa peau qui se décompose. Un trou. Rongé par les corbeaux. Simple. Sa peau est un masque de faïence criblé de fissure. Mais pas d’inquiétude. Pas de réaction. Aucune. Les femmes qui se brisent en morceau, j’ai l’habitude. Un peu plus de contact, un geste lascif sur sa peau. Tellement influençable, prévisible. Qui descend le long de sa gorge. Doucement. Serre légèrement. Et les peaux qui se détachent. Juste un avertissement.

« C’est une fille. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Corbeau. Elle n’est pourtant pas noire. Elle a la peau blanche et de grands yeux bleus. Je lui ai dis qu’elle était plutôt comme une colombe. Elle a rie. Je lui ai dis que c’était moi le corbeau. Elle m’a demandé comment je m’appelais.
C’est une fille. Elle était assise à côté de nous, derrière. Elle m’a regardé prendre la main de Mère, elle m’a regardé et elle a attendu, silencieuse. Pendant trois heures. Elle n’a rien dit. Elle a comprit. Elle a attendu. Le temps est passé. Mère ne s’est pas arrêtée de pleurer.
Elle m’a demandé mon nom.
Mère s’est levée après la cérémonie. Mère s’est levée. Mère est partie. Mère m’a laissé seul avec elle. Elle m’a regardé. Elle a comprit. Elle a attendu. Et puis elle s’est rapprochée. Elle avait l’odeur des Amandées. Elle m’a demandé mon nom. Ses yeux bleus trop grands pour elle. Je l’ai regardé. J’ai répondu.
Elle semblait contente. J’avais donné la bonne réponse.
Elle s’appelait Corbeau, mais ce n’était pas vraiment vrai. Parce qu’en vrai, elle s’appelait Raven. Elle n’était pourtant pas anglaise. Elle m’a dit qu’elle venait des déserts russes. C’était étrange. Elle n’a plus décroché un mot. Elle m’a regardé. Des heures. Assis sur ce banc, tout deux. Elle m’a regardé et elle a attendu. Elle me regardait de ses grands yeux lourds. Douloureux. Elle ne respirait plus.
Et puis tout le monde est sortit. Nous étions elle et moi dans cette église. Dans le noir. Dans le froid. Et elle a ouvert la bouche de nouveau. Elle était venu ici parce qu’elle avait peur toute seule. Je lui ai dis qu’un corbeau ne devait pas avoir peur.
J’ai prononcé son nom. Je lui ai dis qu’il ne fallait pas prier.
Elle m’a dit qu’elle ne priait pas. Elle m’a dit qu’elle n’était pas un corbeau. Elle m’a dit qu’elle était une colombe.
Elle avait l’odeur des Absinthes. »


Par cœur. Ca fait tellement d’années maintenant. Mais rien ne s’oublie, non, jamais. Jamais.
Sa tête explose. Prend les dimensions de l’univers. Laisse quelques traces dans l’air et tache les tissus. Et puis, elle réapparait comme si de rien n’était. Ses grands yeux bleus. Et quelques larmes de sang.
Juste une question d’habitude. Tout va très bien.

« La suite, Dove. Je veux la suite. »

Neutre. Froid.
Nous n’avions que douze ans.
Raven, qu’ai-je bien pu te faire dis-moi, pour que dans tes yeux brille cette lumière ?

Un mèche de cheveux juste entre ses doigts, caresser son visage. Ses yeux qui arpentent son visage. Recherche le moindre indice sans trouver. La moindre parcelle de souvenir. Recherche à remplir ce vide qui le hante. Cette partie de son esprit oublié. Cette bande manquante, raillée, délabrée. Cherche réponse, où il pourra la trouver. Qu’importe le prix. Qu’importe son corps et son intégrité. Ils finiront tous abimés.

« Tu as grandis. »

Qu’importe, tu recommenceras.



Wow. Typical _
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Raven M. Sullivan

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Le personnage
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MessageSujet: Re: Encre. | Raven.   Dim 17 Juin - 23:34

Je regardais Pluie. Rien ne me revenait vraiment, mais rien n'était entièrement parti. Ma mémoire était un puzzle qu'il fallait assembler petit à petit. Mais à peine avais-je commencé la seconde moité du jeu que la première s'en allait.
Ou peut-être n'avait-elle jamais été là.
Bien souvent elle ne revenait jamais. Je ne me souviens plus d'où j'ai eu ma robe. Pourquoi les oiseaux. Pourquoi une colombe, un corbeau. Pourquoi j'aimais danser, sauter, rire, sourire et rire.
Il n'y avait peut-être pas de raison. Rien à se souvenir. J'aimais ça, c'est tout. Tout ne doit pas être justifié.
Je fixais Pluie, j'essayais de comprendre. J'avais compris, ce jour. Mais je ne comprenais plus. Je ne comprenais plus rien ou presque. Pluie et tout ce qui se rattachait à lui constituait le centre du puzzle. Le cœur d'un tableau inachevé. J'étais un peintre raté.
J'ouvrais la bouche et la refermais quelques fois, ne sachant pas s'il attendait une réponse. Puis je me lançais. J'aurais aimé lui dire que je me souvenais. Que j'avais la suite. J'allais le décevoir. Terriblement peut-être.
S'il vous plaît, faites qu'il ne m'en veuille pas.

Mais pitoyable. Pas foutue de se souvenir du moindre événement. Si tu ne te laisse pas envahir par tes souvenirs, il s'en occupera. Il te noiera dedans avant de te manger. De te gober, peut-être même.

« Tu me fais penser à une pluie d'acide. Tu me brûleras. »

Je parlais sans m'en rendre vraiment compte. Je cherchais encore. Un peu trop sûrement, et peut-être pas assez. Je me serais bien mise à hurler pour faire le vide. Arrêter de penser une seconde. Je n'avais pas de répit. Je devais me souvenir. Meubler les silences. Pluie m'effrayait un peu, même si savoir que je l'avais connu était rassurant.
J'aurais voulu me jeter dans ses bras. Le serrer comme s'il était mon dernier espoir. Puisqu'il semblait être mon dernier repère. Le voir comme un doudou pour une enfant. Cette peluche qu'on a toujours. Cette présence parfois inutile mais rassurante. Parce que connue.
Pluie semblait savoir quelques choses sur moi. Nous étions deux inconnus qui se connaissaient.
Et au final, j'étais égarée.
Complètement paumée.

Je fixais Pluie et soupirais. Rien ne revenait pour de vrai dans ma mémoire. Aucune pièce ne s'assemblait. Il y en avait des bribes, par-ci par-là. Pas assez pour tout reconstituer. Rien de suffisant, rien de satisfaisant. Est-ce que lui se souvenait ?
J'avançais ma main vers Pluie, et ouvrais à nouveau la bouche.

« Pourquoi est-ce qu'elle pleurait ? C'est triste. »

J'ouvrais un peu plus encore mes yeux pour le regarder. Des fois que je puisse mieux comprendre. On ne sait jamais. Je laissais tomber ma main, et bougeais nerveusement mes doigts. Les enroulais à nouveau dans mes cheveux, dans ma robe. J'aurais eu envie de toucher sa joue. Effleurer ses cheveux.
C'était peut-être interdit.

Je ne me souvenais pas de grand chose. Il aurait pu être n'importe qui. N'importe quoi.
Le père Noël, le père Fouettard. Le grand méchant Loup. Que tu as de grandes dents.

« J'ai dis que je pouvais avoir peur, puisque je n'étais plus un corbeau. Tu m'en avais donné le droit. »

Il m'a dit que je ne devais pas avoir peur. Qu'un corbeau ne devait pas avoir peur. Mais il m'a dite colombe. Tout cela n'avait pas de sens. Est-ce que je ne pouvais pas être un corbeau effrayé, plutôt qu'effrayant ? Effrayant, j'en étais bien loin.
Ça revenait. Lentement. Je fermais les yeux et me concentrais pour ne pas tomber. J'hésitais à saisir sa manche pour m'en servir d'appui. Une colombe équilibriste, comme c'est original.
Je préférais éviter, finalement.
Qui sait ce qui pourrait arriver si je le touchais.

Je les rouvrais lentement, tête baissée. J'avais l'impression de ne pas avoir souri depuis une éternité. De n'avoir jamais été que quelqu'un de vide, de noir. Il avait peut-être menti. J'étais peut-être un corbeau.
Je me tentais à relever la tête vers lui. Je ne savais plus. Plus rien.
Pourquoi moi ?
J'essayais de lui sourire. Oh, tout cela sonnait tellement faux. Si je ne me souvenais pas c'était peut-être que je ne voulais pas me souvenir. Peut-être que je ne devais pas me souvenir.
Qui sait si les souvenirs ne seraient pas venus me dévorer ? Me brûler la peau jusqu'à l'os. Pluie était un souvenir, et il me brûlait. Ses yeux brûlaient les miens.
Il avait l'air si triste.
Pourquoi y a-t-il des gens tristes ?
J'aurais aimé le prendre par la main et l'entrainer pour danser. Peut-être que la Pluie d'acide se serait transformée en rosée. Peut-être que ses yeux auraient arrêté de me brûler.
Je me laissais consumer pour le moment. C'était peut-être sa faute, peut-être celle de ces souvenirs introuvables, mais je sentais des larmes couler sur mes joues. Je les essuyais, après m'être retournée.

« Dove n'a pas la suite. Rien, du tout. Histoire inachevée. Excuse-moi. »

Je levais les yeux vers le ciel pour tenter de me contrôler et de ne plus être un corbeau. Je voulais être une colombe. Je devais être ce qu'on me disait que j'étais.
Ne jamais décevoir.

« Tu m'en veux de ne pas me souvenir ? »

Je tournais les talons vers mon interlocuteur et le fixais. Ses yeux brûlaient peut-être un peu moins, mais je sentais toujours un mur à demi cassé entre nous.

« Tu as grandis. »

J'avais envie de sourire. Je me sentais tellement petite face à lui.
Chacune de ses paroles me forçait à chercher encore et encore. lui ne m'avait pas oublié. J'aurais pu sourire.

Je sentais ce mur entre nous. Qui m'empêchait de me souvenir. Il aurait fallu finir de le briser. Savoir. Tout. Se souvenir. Parler. Je me contentais de murmurer pour le moment. « Dis-moi que tu ne m'en veux pas. »
Je me stoppais net dans mes paroles.
Je me souvenais un peu.
A grands coups de marteau dans la brique.
Je souriais, et je dansais légèrement sur place. J'avais l'air si différente de celle qu'il m'avait contée.

« Est-ce mal d'être une colombe quand on devrait être un corbeau ? Dis-moi pourquoi, pourquoi es-tu un corbeau ? Ael. »

J'avais réussi. J'avais repris mon pinceau. J'achèverais peut-être ma toile. Peut-être qu'elle deviendra un tableau à quatre mains.

« Ael la pluie. Ael le corbeau. Ael, Ael. Ael le triste. Oh, pourquoi si triste ? Silencieux, vide, dis-moi pourquoi. »

Ma main se tendait vers lui, mes doigts effleuraient presque son visage. J'avais peut-être le droit maintenant, de le toucher.
Je me souvenais de lui.
Pas de tout. Juste lui. Vaguement. Je doutais l'avoir jamais connu plus que ça. Mais je me souvenais. Je l'avais connu, je ne l'avais pas oublié.
Ael le souvenir. Ael le présent.

Il me dévorerait. Ael le loup.



quand elle m'emporte au fond de ses yeux bien trop clairs qui ont la couleur d'un est, toujours un peu à l'ouest. elle, elle dit que tout va bien.
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